Merkwiller-Pechebronn, village de plus de 800 habitants et capitale historique des champs pétrolifères Alsaciens exploités par la société Antar
jusqu’en 1970, abrite depuis 1962 ISRI France, une usine employant 450 personnes à la fabrication de sièges pour l’industrie automobile. Cette commune des Vosges du Nord, est témoin depuis
mi-décembre 2010 d’un conflit majeur opposant salariés et direction d’ISRI France.
Le 16/12/2010, face au refus de la direction d’entendre le mécontentement des employés et de dialoguer, à l’appel de la CGT une partie des salariés
se met en grève contre la baisse des coefficients et pour obtenir une augmentation de salaire. La production bloquée durant plusieurs heures, un protocole est finalement signé. Mais la direction
n’en reste pas là. Alors qu’elle s’était publiquement engagée à ce qu’il n’y ait aucune sanction et aucune discrimination syndicale, le 19/12/2010 vingt-six salariés grévistes, tous CGT,
reçoivent une convocation pour des entretiens en vue de sanctions pouvant aller jusqu’au licenciement. Ces entretiens sont prévus le 29/12/2010, durant la trêve des confiseurs, alors que le
personnel est en congé. Une cinquantaine de militants viennent devant les portes de l’usine, dans le froid et la neige, soutenir les salariés le jour de leur convocation. La direction accepte
finalement de recevoir une délégation syndicale composée d’Amar Ladraa (Secrétaire Général Métallurgie CGT) et Jacky Wagner (Secrétaire Général Union Départementale CGT67). Mais les entretiens se
poursuivent et les sanctions tombent : cinq jours de mise à pied pour chaque salarié gréviste, une procédure de licenciement contre Christian Hausberger, le délégué CGT mis à pied dès le
21/12/2010, et le licenciement immédiat des deux salariés qui l’ont accompagné dans la négociation. Le 30/12/2010 une réunion extraordinaire du Comité d‘Entreprise est provoquée par la direction
pour avis sur le projet de licenciement de Christian Hausberger. Projet que les représentants du Comité d’Entreprise refusent évidemment de soutenir.
Le 11/01/2011, une nouvelle journée de mobilisation conduit plus de 150 personnes devant l’usine. Quelques fanions CFDT, SUD, Front de Gauche et PCF
apparaissent dans le rassemblement, mais l’organisation la plus représentée reste la CGT avec aussi des délégations autres que l’Union Locale d’Haguenau et la CGT Métaux. La solidarité fonctionne
pleinement. Par exemple pour l’Union Locale CGT de Molsheim, distante de plus d’une heure de route du site ISRI France Merkwiller-Pechelbronn, l’un des représentants prend la parole en disant : «
Quand on a appris ce qui se passe chez vous, on a décidé de venir tout de suite parce que c’est inacceptable. ». Inacceptable est bien le mot, car selon Christian Hausberger pour le directeur, «
Ceux qui ont commis une faute lourde sont ceux qui sont allés dans son bureau pour négocier l’accord de fin de grève. ». Le bras de fer oppose donc une direction se prétendant pour le droit de
grève, mais estimant que le mouvement du 16/12/2010 procède de l’exercice abusif de ce droit de grève. Comme le rappelle Christian Hausberger, sur les quatre heures de débrayage, aucune issue de
l’entreprise n’a été bloquée et un constat d’huissier stipule qu’un camion a été en signe de protestation retenu sur place seulement trente-cinq minutes.
Les enjeux de cette bataille vont bien au-delà d’un conflit local. C’est le droit de grève qui est purement et simplement remis en cause. Charge
maintenant au directeur d’ISRI France de démontrer devant les juridictions saisies, dont les Prud’hommes, en quoi le droit de grève s’est exercé de manière abusive le 16/12/2010 durant quatre
heures. Pour la CGT, le but à atteindre est l’annulation des licenciements et l’abrogation des sanctions pesant sur les salariés. Les méthodes employées par la direction visent, toujours selon
Christian Hausberger, à « L’intimidation de tous les salariés pour que plus personne ne bouge. ». Entamant sa 26ème année à l’usine, il connait bien le directeur arrivé après lui, en 1993. Ce
dernier lors d’un entretien avec les syndicalistes a affirmé, mettant en avant l’impact financier de la grève : « De toutes façons, c’est vous ou c’est moi. ». Ce qui forcément, conduit
aujourd’hui les militants à dire lors des différentes prises de paroles : « Si aucune solution satisfaisante n’est trouvée, nous allons nous appliquer à rendre le siège de ce monsieur le plus
éjectable possible ! ».
Un comble pour un directeur d’usine de sièges de voitures !
Jean-Marc Claus
Correspondant Bénévole pour L’Humanité.fr
11/01/2011
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